Crepes – Mild Conversation

La chandeleur avant l’heure. Les australiens de Crepes, reviennent aux affaires.

Habitué à nous délivrer ses productions au compte-gouttes depuis son premier EP Cold Summers, le quintet indie-pop originaire de Melbourne, qui annonçait il y’a quelques semaines maintenant la sortie prochaine de leur premier album intitulé Channel Four, nous dévoile désormais avec ce Mild Conversation, les contours de ce disque que l’on attendait plus.

WESTSIDE GUNN + MF DOOM = WESTSIDEDOOM

 

 

On se sent comme bénis par les dieux du rap. Comme si l’annonce de 15 nouveaux morceaux de MF DOOM pendant 15 jours n’étaient pas assez, on apprend la sortie d’un projet en commun entre l’homme au masque de fer et l’un des porteurs de torche de ce rap hardcore de NY, Westside Gunn. Line up de qualité donc, auquel viennent s’ajouter The Alchemist et Daringer à la production, doux comme une larme de Grand Marnier dans le Hennessy. Pas de date de sortie pour l’instant, mais on peut déjà s’attendre à un projet brut et crasseux, des samples obscurs et des lyrics obscènes.

Hannah Williams & The Affirmations – Late Nights & Heartbreak

https://www.youtube.com/watch?v=_xj4YspDZnY

D’abord persuadé qu’il s’agissait d’une chanteuse de soul américaine des années 1970, grande fut ma stupeur en découvrant que le morceau datait de novembre 2016 et qu’Hannah Williams était originaire de… Bristol ! A en croire la description faite par le label, l’album aurait été enregistré et mixé en mode analogique, puis masterisé sur cassette, méthode rarement employée de nos jours. C’est sans doute ce qui a du attiré l’oreille pointue de No I.D., qui a lourdement samplé ce morceau sur 4:44, morceau extrait du dernier album éponyme de JAY-Z, sur lequel Mr Carter ouvre son coeur et demande pardon à Mrs Carter pour ses infidélités. Touchant n’est-ce pas…

 

 

Vince Staples, de Gangster Crip à renouveau du rap

  Crédit Photo G L ASKEW II PHOTOGRAPHY

              Crédit Photo G L ASKEW II

Si quelqu’un se trouvait dans la même pièce que moi en ce moment même, il ou elle pourrait se demander ce qui provoque ces hochements de têtes brutaux accompagnés d’une expression de dégoût sur mon visage. Serait-ce ce relent infect des poubelles que mon voisin laisse traîner dans le couloir ? Ou encore le frottement du textile de mon t-shirt sur ce vilain coup de soleil ? Négatif. C’est bien la quatrième écoute d’affilée du nouvel album de Vince Staples, Big Fish Theory.

 

Vince Staples revient de loin. Du Norf Side de Long Beach California plus exactement. Là où les blancs, les noirs, les mexicains et les autres ne voient la vie qu’en deux couleurs. Le bleu pour les Crips, le rouge pour les Bloods. Staples a grandi au sein d’une famille de gangsters, et a lui même fait partie des Crips jusqu’à la mort brutale d’un des ses amis proches en 2008. Après cet événement troublant, il change de voie et commence à fréquenter d’autres connaissances, dont l’un d’entre eux, aspirant rappeur, entre en contact avec Syd Tha Kid, membre de ce qui deviendra Odd Future. Il développe peu à peu une amitié avec Syd, Mike G et Earl, tout en faisant ses débuts au micro. Quatre mixtapes plus tard, Vince Staples continue de faire parler de lui avec sa première sortie chez Def Jam, l’EP Hell Can Wait. Le rappeur y conte sa vie de jeune gangbanger sur des instrus brutes et malsaines. Viendra ensuite son premier album Summertime ’06. Cette fois-ci entouré de producteurs aguerris (No I.D., DJ Dahi, Clams Casino) il présente un projet froid et cassant, dénué de tout optimisme mais non de réalisme, à l’image de plusieurs titres marquants ; Ramona Park Legend Part. 2, Summertime et Norf Norf. Avec Prima Donna, l’EP qui suivra un an plus tard, Staples s’entoure une nouvelle fois de DJ Dahi et No I.D., mais c’est sur les deux titres produits par l’anglais James Blake que sa voix transperce. Le beat de Big Time notamment serait susceptible de faire trébucher plus d’un rappeur, mais pas Vince. Il zigzague en dessous du beat complexe et en ressort victorieux : “Hands up baby don’t you see this big nine/Screamin’ fuck the world like that shit mine”. Le dernier morceau de l’EP nous laisse sur notre fin mais introduit subtilement l’album qui suivra : Big Fish Theory.

 

Pochette de l'album "Big Fish Theory"

 

Bien qu’ayant trollé plusieurs médias en décrivant l’album « d’afrofuturisme”, c’est sans aucune exagération que l’on peut souligner l’avant-gardisme de ce projet, tant il est à des années-lumière des sorties rap de cette année. On est en effet loin des DJ Khaled, Young Thug et 2 Chainz, nous resservant la même soupe tous les six mois, bien qu’étant parfois très bonne. Big Fish Theory est un disque rave rap hyper soigné, aussi innovant qu’accessible. Entouré de beatmakers et producteurs techno/house/electronica pointus (Jimmy Edgar, Flume et Sophie entre autres), c’est avec une radicalité peu égalée dans le milieu qu’il a su adapter sa cadence à des beats complexes, rapides et non conventionnels. Il s’exécute avec une telle aisance que l’on pourrait s’inquiéter de ses capacités respiratoires. À l’image du poisson rouge de son artwork, serait-il muni de branchies ? Mac Miller l’avait prédit… Bien évidemment pas seul sur ce disque, Staples a recruté Kilo Kish, collaboratrice de longue date, ainsi que Damon Albarn, A$AP Rocky, Juicy J et Ty Dolla $ign qui prêtent leurs voix à plusieurs refrains et interludes. Le prophète Kendrick Lamar quant à lui détruit une fois de plus son couplet sur Yeah Right. Avertissement donc, l’écoute de ce morceau est susceptible de provoquer une hyperventilation soudaine accompagnée d’une perte capillaire importante.

 

À la sortie de son EP Hell Can Wait en 2014, la presse internationale s’empressait déjà de le présenter comme une réincarnation du Ice Cube vénère et affuté du temps d’Amerikkka’s Most Wanted. Ce 23 juin 2017, Vincent Staples vient de leur prouver à la fois tort et raison, mais surtout qu’il est inutile de le comparer à qui que ce soit. Certes, sa vie passée de gangster alimente profusément ses textes, mais cette fois, il choisit d’observer d’un œil noir et cynique le microcosme fragile du rap et sa propre place en son sein, tout en oscillant habilement entre commentaires socio-politiques et textes mélancoliques voire borderline dépressifs. Sur Crabs in a Bucket il déclare froidement : « They don’t never wanna see the black man eat/Nails in the black man’s hands and feet/Put him on a cross so we put him on a chainet plus explicitement sur BagPak : “Prison system broken, racial war commotion/Until the President get Ashy, Vincent won’t be voting”. Son côté dépressif ressort sur Party People : “Awkward silence, my brain scream louder/Askin’ when I’m gon’ blast myself/Couple problems my cash can’t help/Human issues too strong for tissueset “How I’m supposed to have a good time/When death and destruction is all I see”. Sur Yeah Right, Staples réitère son scepticisme vis à vis des clichés véhiculés par le hip hop, qu’il avait déjà exposé sur Prima Donna, titre issu de l’EP du même nom, lorsqu’il répétait : “Is it real? Is it? Is it real?”. Comprendre : est ce que le monde dans lequel toutes ces célébrités du rap évoluent est bien réel ? Est ce que tout ce qui alimente les egos de chacun bien réel ? Il doit bien avoir une ébauche de réponse…

 

 

Crédit Photo G L ASKEW II

 

Le plus impressionnant dans tout ça, c’est sans doute la cohérence du projet dans sa totalité. Celle de l’ambiance générale tout d’abord. A l’écoute des singles sortis avant l’album, on aurait pu avoir du mal à comprendre la direction vers laquelle Vince Staples comptait se tourner. En revanche, c’est une fois remis dans le contexte de l’album que les morceaux prennent tout leur sens. Les 12 titres s’alignent et s’emboitent avec précision et facilité. Aucune pièce ne sort du lot, les sonorités varient tout en suivant le même fil conducteur. Big Fish a ce côté bounce sudiste, Jimmy Edgar invente l’electro G-Funk du futur sur 745 alors qu’Homage sonne Aphextwinesque et SAMO cauchemardesque.

 

On pourrait comparer cet album à Atrocity Exhibition ou à To Pimp a Butterfly : il marque d’une part une grande ouverture musicale et artistique, une prise de risque importante ainsi qu’une évolution marquante des capacités de l’artiste. À l’image de Danny Brown et Kendrick Lamar, Vince Staples continue d’avancer dans la voie qu’il s’est créé sans se soucier des tendances, assumant son individualité tout en repoussant les limites du genre musical.

 

 

|BACK TO 2008| Q-TIP – GETTIN UP

Fort de 5 albums à la tête de A Tribe Called Quest, c’est une fois le groupe séparé que Kamaal Ibn John Fareed aka Q-Tip se lancera dans une carrière solo. En 1999, Tip sortira Amplifiedalbum sur lequel J Dilla est crédité en tant que co-producteur de la totalité des morceaux, ce qui prouve encore une fois que l’alchimie existante entre ces deux pros de la MPC est bien réelle. Il faudra ensuite attendre une petite dizaine d’années avant le retour de The Abstract avec The Renaissance, sorti sur Universal Motown.

Premier single extrait de l’album, Gettin up est à l’image du reste du disque; entraînant, mélodique et hyper bien produit.

 

KARRIEM RIGGINS – BAHIA DREAMIN

Après avoir collaboré avec Kanye West, Common et Madlib pour ne citer qu’eux, Karriem Riggins, batteur de métier, revient squatter nos platines avec Headnod Suite, sorti fin février sur Stones Throw Records et dont Bahia Dreamin est le premier extrait vidéo.

Etant difficile à cerner musicalement, on peut facilement spéculer que Riggins trouve son inspiration dans sa collection de vinyles tant ses samples sont variés : 70’s RnB, musique éléctronique belge, funk, disques de percussions etc.

Son swing incroyable, la diversité des sonorités et la courte durée des pistes raviront les puristes et séduiront les amateurs de hip hop instrumental.

 

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